Le beau livre

La notion de beau étant toute relative et très personnelle, tenter de définir ce qu’est un «beau livre» s’avère forcément assez périlleux.

La Divina Commedia de Dante, publiée chez Alde Manuce (1502), en vélin doré du temps ; la Description du pénible voyage faict entour de l'Univers d’Olivier Van Noort paru chez Cornille Claessz sur l'Eau au Livre à Ecrire, en 1602, en pleine basane brune de l’époque pourraient rentrer dans la catégorie des beaux livres. Tout comme Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, relié en maroquin citron à décor à la dentelle habillé par Derome, ou Candide ou l’optimisme publié anonymement en 1759 par Voltaire, à Genève, chez Cramer, en brochure de papier dominoté, non rogné, ne serait-ce pas là ce que l’on peut aussi appeler un beau livre ? Bien sûr, les amateurs de la modernité préfèreront tenir entre leurs mains un exemplaire broché des Chants de Maldoror par le comte de Lautréamont d’Isidore Ducasse, avec les précieuses couvertures à la date de 1869 (avec ou sans envoi de l’auteur...). Oui, un bien beau livre. Les 19 numéros de la revue 391 de Francis Picabia, publiée sur plusieurs continents et imprimée sur différents papiers entre 1917 et 1924 ; ou L’anguria lirica de Tullio Albisola, livre entièrement réalisé en métal, en 1934, pourraient également décrocher le cœur (et la mâchoire !?) de certains. Et ne négligeons pas Sniffin’Glue (Ans other Rock’n’Roll Habits) de Mark Perry, en 12 introuvables numéros (1976-1977) qui en feront vibrer plus d’un.
Mais un beau livre, ce peut être un bon livre dont il n’y a pas eu de tirage de luxe sur grand papier, L’usage du monde de Nicolas Bouvier par exemple. L’amateur le recherchera en parfaite condition, et idéalement avec un envoi autographe de l’auteur. Ou les jolies collections de textes classiques ou rares que publiaient au début du siècle dernier les éditions A l’enseigne du pot cassé, qui ne sont ni rares ni onéreuses; ou encore Pierre Jannet, qui éditait au milieu du XIXème siècle la Bibliothèque Elzévirienne, sommet d’érudition, à bon marché! Et enfin les éditions Jannink, avec leur jolie collection L’art en écrit, avec dans chaque volume une oeuvre originale signée: Julio Le Parc, Roland Topor, Isidore Isou, Christo & more…