Catalogue complet
14014
[Pierre Albert-Birot]:
SIC. Son - Idées - Couleurs - Formes. n°1 au n°54.‎
11743 CHF

Paris, [s.n.], 1916 - 1919. 54 numéros en 41 livraisons in-4 de 8, 12, 16, 24 ou 28 pages (selon les n° simples, doubles ou triples). Chemise - dos de box noir, les trois initiales argentées au dos, étui (Honegger). Trois n° ont des légères traces de mouillure. Collection complète. ‎

Ont contribué à l'iconographie: Pierre-Albert Birot, Guillaume Apollinaire, G. Balla, J. -L- Boussingault, F. Depero, S. Férat, I. Lagut, C. Orloff, E. Prampolini, J. Rij. Rousseau, A. Rutty, G. Severini, L. Survage, F. Torowaï, O. Zadkine, et le fameux X. Le numéro 7 est bien complet de l'encart au pochoir et le numéro 19-20 du bulletin de souscription des Mamelles de Tirésias. La guerre de 1914 ayant fait le vide, SIC est un moment la seule petite revue d’avant-garde à Paris. Oeuvre d’un quasi-inconnu, Pierre Albert-Birot (P. A. B.), qui date sa vraie naissance de celle de sa revue, était peintre et sculpteur à Montparnasse, autodidacte fièrement indépendant, cependant ouvert aux courants modernes. Sa revue le mit en rapport avec le peintre Severini, l’intermédiaire des futuristes à Paris depuis 1911-1912, lequel le mit en relation avec Apollinaire. La modestie de cette publication, vaillamment composée avec des ressources et un papier limités, sans signature au début, attirera tout de même la contribution des plus grands. Les invitations claironnantes au modernisme marquent l’option esthétique; elles sont le signe de la reprise de la vie artistique et littéraire à partir de 1916. Le triple numéro d’août-octobre 1916 fera bonne figure avec une interview d’Apollinaire en fronton. Dès 1917, les collaborateurs se multiplient, Pierre Reverdy, Soupault, Tzara entre autres seront de la partie. C’est l’année mémorable des Ballets russes à Paris et des Mamelles de Tirésias d’Apollinaire, montées par SIC. D’autres jeunes viennent à la revue, Radiguet, Aragon. De décembre 1917 à mars 1919, P. A. B. multiplie ses Chroniques « quelques fois rimées » qui évoquent, non sans bonne humeur narquoise, les rencontres des peintres et des poètes chez Paul Guillaume le «négrophile» ou, chez Léonce Rosenberg, les marchands de tableaux. Le genre de collaborations se modifie avec divers textes en prose, tandis que la partie critique se développe. Ses éléments peuvent se dégager ainsi: textes d’esthétique ou de critique les plus divers, du manifeste au pseudo-dialogue, du compte-rendu aux libres propos. Textes de création, essentiellement poèmes, imprimés avec une superbe variété de mises en pages: SIC est un des lieux où la poésie exerce tout le jeu de sa réalité graphique. Avec ce soin va de pair le souci régulier d’illustrations: expressions plastiques futuristes, dessins cubistes, décors de ballets ou de théâtres, reproductions de sculptures font partie de la revue. Le titre SIC, le oui latin, dit assez l'esprit positif de l’entreprise. Contre la sclérose passéiste, la «poésie grise», il affirme l’action, le dynamisme transformateur, les audaces d’avant-garde. SIC appelle au renouvellement dans tous les domaines, du théâtre à la mode, de la sculpture au mobilier. « Sons Idées Couleurs Formes » s’adresse à l’ensemble des arts; son programme suggère le principe d’une unité fraternelle de toutes les manifestations de l’esprit créateur. SIC développe toute un action parallèle: expositions-auditions dans des ateliers de sculpteurs, séances littéraires et musicales, conférences contradictoire sur l’esprit d’avant-garde. Outre ses relations particulières avec le futurisme - la première page critique de P. A. B. porte sur une exposition futuriste de Severini; il y loue un mouvement jeune, générateur d’enthousiasme, d’inconnu - le dynamisme de SIC se remarque aussi par son engagement dans le sens d’un théâtre nouveau, témoin la grande affaire des Mamelles de Tirésias, que par le souci des possibilités nouvelles du cinéma - « le cinéma- art n'existe pas encore. » Avec SIC nous assistons à une rapide relève des générations; hormis ceux déjà cités, nous pouvons noter la collaboration de André Breton, Blaise Cendrars, Jean Cocteau, Paul Dermée, Pierre Drieu La Rochelle, Ivan Goll, Max Jacob, Francis Picabia, André Salmon, Igor Strawinsky ou Ossip Zadkine (liste absolument non exhaustive). A côté de la revue Nord-Sud, SIC a favorisé la poésie nouvelle et marqué l’accès à la scène littéraire de cette nouvelle génération dont P. A. B. a pressenti la nouveauté. Pourquoi P. A. B. a-t-il arrêté sa revue? Avec tout son dédain du passéisme, avec son sens de la spontanéité novatrice, SIC gardait sans doute encore un esprit trop littéraire, trop constructif pour la table rase Dada. «Les revues d’avant-garde doivent mourir jeunes» conclut-il. [d’après Dominique Baudouin dans Bibliographie des revues et journaux littéraires des XIXe et XX siècles par J. -M. Place et A. Vasseur, 1977] Destribats, 65. Edition originale. ‎